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Exclu : Interview de Pascal Cygan

Difficile de résister à son premier amour. Les années passent, mais il a toujours le LOSC qui lui colle à la peau. À quarante-trois ans, Pascal Cygan a été envoyé cette année par le LOSC au KSV Roulers en tant qu’entraineur adjoint. Pour autant il se voit bien entraîner son club de cœur un jour. Le boss de notre défense, sous l’air Halilhodzic, a répondu en toute franchise à notre interview. Retour sur ses souvenirs, les différences entre générations, sa vision du football et le nouveau projet du LOSC.

Pascal, parle-nous de toi, de ton parcours depuis que tu as raccroché les crampons ?

J’ai arrêté en 2011. Après un passage de deux ans pour passer des diplômes, en Espagne, sans travailler. J’ai décidé de me remettre au travail. Je suis revenu en France en tant que directeur sportif, à Wasquehal, avant d’avoir l’opportunité d’entrainer les U 15 du LOSC. Cette année j’ai été envoyé par le LOSC au KSV Roulers en tant qu’entraineur adjoint.

Pourquoi avoir continué dans le football ?

C’était une évidence pour moi. C’est difficile de tout arrêter pour apprendre dans un autre domaine. Ce que je connais et sais faire c’est le football. J’ai la vraie passion pour entraîner. Je m’en suis rendu compte lors de mes deux dernières années en D2 espagnole (Cartagena).

Avant de parler de Lille et de ton histoire d’amour, peu de monde le sait, mais tu es né à Lens… n’étais-tu pas supporter du rival dans ton enfance ?

Il y a beaucoup de joueurs auxquels ça arrive mais on n’en parle peut-être pas en interview. Ensuite, pour information, toute ma famille vivait dans le 62, dans le Pas de Calais. On allait souvent à Bollaert et quelquefois à Grimonprez Jooris. Je n’étais pas supporter de Lens, mais il faut savoir qu’à cette époque c’était plus facile pour mon père de m’emmener à Bollaert où l’ambiance était plus conviviale qu’à Lille.
En tant que joueur, après une grande saison à Wasquehal, j’ai été recruté par Jean Fernandez en tant que stagiaire au LOSC. Là où mon histoire d’amour a commencé avec le LOSC.

Quel souvenir gardes-tu de ton passage au LOSC ?

Le fait d’avoir tout connu. L’honneur de signer pro, la tristesse de descendre, la joie de remonter, l’honneur de disputer la Ligue des Champions… tout ça, c’est des moments riches et inoubliables pour moi !

Quel est ton pire souvenir avec les Dogues ?

La descente (Saison 1994-1995), je venais de signer mon premier contrat pro alors descendre la même année c’est difficile. Je ne savais pas si j’allais rester. Je me demandais si ma carrière à peine commencée n’était pas déjà terminée…

Maintenant ça permet de se forger un caractère, pour la suite !

Et ton meilleur souvenir ?

Le match de barrage, pour se qualifier, pour la Ligue des Champions contre Parme (Saison 2001-2002) évidemment. Evidemment juste après notre premier match de Ligue des Champions à Old Trafford (perdu 1-0 à la toute dernière seconde sur un but de Beckham !). C’est un sentiment de fierté surtout après les années difficiles en ligue 2, d’avoir remis le club à sa place !

« L’époque Vahid manque à beaucoup de gens »

Est-ce que justement tu sens que votre génération a marqué l’histoire du LOSC ?

Oui, on s’en rend encore compte, aujourd’hui, en croisant des supporters, dans la rue, qui nous reconnaissent encore et se rappelle ces super moments. Beaucoup en sont nostalgiques. Pourtant quand on y repense on avait des installations limites pour un club de ligue 1, un petit stade, des conditions pas évidentes pour les supporters… et pourtant l’époque Vahid manque à beaucoup de gens !

Comment expliquer ce paradoxe ? Les installations font partie des meilleures de Ligue 1 et d’Europe. Le LOSC à un stade ultra moderne, un gros budget de ligue 1 et pourtant les gens sont nostalgiques de votre époque… À ton avis, pourquoi ?

(rire) Je ne l’explique pas. On se plaignait de Grimonprez en disant qu’il fallait agrandir, ensuite du Stadium on disait que c’était un stade froid avec ses courants d’air et maintenant on se plaint d’un stade (Pierre Mauroy) où il n’y a pas d’ambiance et une pelouse de mauvaise qualité. On ne sait pas vraiment ce que les gens veulent… Tout est réuni pour avoir un grand club et apparemment ça ne convient toujours pas… c’est peut-être un mal français…

Tu ne penses pas que ça peut être un rapport avec le football moderne où les gens se reconnaissent moins qu’il y a 15 ans ?

Oui peut-être. Mais je pense qu’il y a d’autres problèmes, notamment les jeunes. Aujourd’hui ils en veulent toujours plus. À partir de ce moment-là, il est plus facile de se plaindre, de faire grève, de vouloir quitter le club qu’à notre époque.

Justement avec ton regard d’entraineur des jeunes, est-ce que tu vois des différences fortes entre ta génération de jeunes de l’époque et celle d’aujourd’hui ?

C’est incomparable… incomparable ! Je donnais un exemple à un ami, la dernière fois. Quand nous on arrivait un peu en retard ou tout juste à l’heure à un entrainement on se dépêchait pour ne pas retarder la séance ou fâcher l’entraineur. Aujourd’hui si les jeunes arrivent en retard, pour eux tant pis la séance attendra. On n’a l’impression que les prérequis ne sont plus les mêmes.

Quand j’étais entraineur, en U15, on ne les entrainait pas pour être un meilleur footballeur, mais plus pour être une bonne personne. Aujourd’hui, on nous demande de faire du social, là ou avant c’était le rôle de la famille d’éduquer l’enfant à être respectueux. Et ça, c’est grand souci aujourd’hui ! Avant on se remettait en cause nous-mêmes quand ça n’allait pas, et pas l’autre !

« L’attaquant le plus difficile à marquer de ma carrière : Davies (Bolton) »

On t’a connu comme patron de la défense de Lille… Que penses-tu de la défense du LOSC, aujourd’hui. Quel défenseur te représente le mieux ?

Marko Basa. Il est capitaine et il est là depuis plusieurs années. Malgré ses blessures, il est hyper régulier dans ses performances. C’est quelqu’un de fidèle et de fiable donc je dirais que c’est en lui que je me reconnais le plus.

Tu fais partie des anciens du LOSC, est-ce un plaisir de les revoir, à chaque occasion comme Wimbée, Pichot etc… ?

Oui, on se côtoie régulièrement. Jusque l’année dernière, je voyais les anciens qui sont au club. Pour les autres, comme Johny Ecker et Sylvain N’Diaye, je les ai au téléphone de temps en temps. On reste en contact, car en plus des souvenirs inoubliables, on a gardé des affinités.

Le pire attaquant que tu aies eu au marquage ?

L’avant centre de Bolton, Davies (Kevin), quand j’étais à Arsenal. Il ne marquait pas beaucoup, mais il y avait un timing et un positionnement qui me gênait énormément. Il faisait une tête de moins que moi et pourtant impossible de lui prendre un ballon de la tête (rire). Une rage de manger tous les ballons un peu à la Cavani, c’était impressionnant de défendre contre lui.

Le coéquipier qui t’a le plus impressionné ?

Sans hésitation Thierry Henry et Dennis Bergkamp pour leur talent. Bergkamp lui c’est un mec à part. Pas possible d’avoir un mot de travers avec lui. Son charisme et son intelligence mais surtout le fait que malgré son statut, il reste quelqu’un de super sympa et d’agréable à côtoyer.

Que penses-tu de ton passage à Arsenal et à Villaréal ? Es-tu fier de ta carrière après le LOSC ?

Bien sûr ! N’importe quel joueur en commençant rêverait de jouer dans l’un de ces deux clubs. Ça veut dire que j’ai progressé. Avoir voyagé avec ma famille c’est aussi une fierté.

« J’aimerais entraîner le LOSC »

Une réaction sur le nouveau projet du LOSC ?

C’est super, c’est une formidable opportunité de progresser encore plus. Maintenant je ne vais pas cacher que l’après-Bielsa et l’après-Lopez me tracasse déjà… On a de fortes ambitions pour le club et forcément, ensuite, il y aura une descente, une baisse d’ambition et donc peut être une déception. C’est après qu’il va falloir être fort et prévoyant.

Pourquoi dis-tu ça ?

Je ne connais pas le projet de Lopez, sur le long terme. Quand Michel Seydoux est arrivé, c’était pour un projet sur le long terme où il laissait le temps au club de grandir sans partir avec de folles ambitions. Ce qui conduit à moins de pression.
Là, on est tout de suite sur un projet ambitieux. C’est bien, mais si ça ne marche pas, si Bielsa quitte le club au bout d’un an, est-ce que Lopez restera ?
Si ce n’est pas le cas, alors ce beau projet laissera forcément place à des gens avec moins de moyens ou moins d’ambition. Voilà mon inquiétude…

Tu sembles plus inquiet pour le futur qu’heureux pour le présent du club ?

Loin de moi l’envie de couper l’enthousiasme des supporters. Mais il faut aussi les prévenir. L’effectif va être énormément renouvelé à plus de 60%. Beaucoup de jeunes vont arriver et devoir s’acclimater au club, à la méthode de Bielsa…. Mais il n’y a pas de temps pour ça. J’ai cru comprendre qu’on voulait des résultats tout de suite. Et quand on revendique fort des ambitions tout de suite sans avoir prouvé, il y a de fortes chances que l’on déçoive… Moi je suis quelqu’un de prudent, d’où ma prudence, pour le moment, sur ce projet ambitieux.

Comment vois-tu ton avenir ? Que voudrais-tu faire ensuite ?

J’aimerais entrainer le LOSC un jour. C’est mon rêve. Pour ça, il me faut d’abord de l’expérience et des diplômes. Sans cela, ça va être dur pour Lopez de vouloir m’embaucher. Je pourrais aussi proposer d’être adjoint de Bielsa car je parle anglais, espagnol et français. Je connais le club, les joueurs… Maintenant il arrive avec sept adjoints donc ça va être difficile pour lui de me faire une place (rire).

Que fais-tu en dehors du football ? Quelles sont tes passions ?

Je suis un fan de séries télé. Je suis assez généraliste. Je regarde un peu de tout comme Westworld, The Black List, Prison Break ou encore Desperate Housewives. En ce moment, j’en regarde onze à la fois. (rire)

À part les séries, je suis aussi un grand amateur de poker, entre amis. Je n’aime pas trop aller au casino parce qu’après ça peut devenir dangereux. On joue entre amis, chaque semaine, chez moi. Ce qui me plaît c’est l’adrénaline, la pression de perdre quelque chose. Il y a aussi une question de talent parce qu’il faut rentabiliser ses bonnes marges, savoir ne pas trop perdre sur ses mauvaises mains. C’est une forme de talent de savoir gérer les bons comme les mauvais moments. C’est aussi la patience qui nous permet d’être performants.

Un dernier mot à l’adresse des supporters du LOSC ?

J’espère qu’ils vont venir nombreux, l’année prochaine, pour découvrir les nouveaux projets du club, la nouvelle méthode Bielsa. Je ne doute pas qu’ils soient nombreux puisque tout le monde se languit déjà, la presse en premier ! Attention juste à ne pas rêver trop vite. On est une seule famille. Il ne faut pas se disperser pour un ou deux mauvais résultats. Il faut tous aller dans le même sens, marcher dans la même direction. Si les supporters pensent que chaque joueur est à fond pour le club, il y aura une osmose entre les joueurs sur le terrain et les personnes dans les tribunes. Ce sera plus facile, pour les joueurs, d’être performant, sur le terrain. Ce sera beaucoup plus agréable pour les supporters de voir leur équipe gagner.

Merci à toi Pascal en te souhaitant le meilleur à nos cotés l’année prochaine!

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